Pigeons militaires et premiere guerre mondiale

Pigeons militaires et premiere guerre mondiale

L’omniprésence du pigeon voyageur durant le siège de Paris et les deux guerres mondiales

Apparemment, il semblait qu’avec toutes les inventions modernes connues des belligérants en 1914, le pigeon voyageur, en tant que messager, serait démodé. L’organisation colombophile militaire en France était rudimentaire au début du conflit. Les colombiers militaires installés dans les places fortes de l’Est étaient uniquement destinés à assurer les liaisons avec l’intérieur en cas d’investissement. Mais, dès 1915, l’emploi des pigeons voyageurs s’amplifia sous l’impulsion des colombophiles civils. Les pigeons furent transportés depuis Paris vers la ligne de front par ces amateurs bénévoles et ramenèrent des renseignements sur la progression allemande. Les différentes fractions de l’armée française : les 2e, 3e, 4e, 5e et 6e armées se munirent également de colombiers dits de « l’arrière » et de « l’avant ».

 

Au milieu de l’année 1915, apparurent les trois premiers colombiers mobiles réalisés par la transformation d’autobus à impériale. Leur raison d’être était née de l’idée d’offensive car on savait que la destruction des ressources colombophiles dans les régions envahies, par ordre de l’ennemi allemand, donnait la certitude de ne retrouver aucun pigeon vivant lors d’une avancée française. Seuls les pigeons voyageurs fonctionnaient régulièrement en toutes circonstances pour permettre les communications et cela malgré les bombardements, la poussière, la fumée ou la brume. Ils apportaient dans un délai relativement court des précisions sur la situation des troupes engagées.

Ce fut lors de la résistance du fort de Vaux que la colombophilie militaire allait gagner, s’il en était encore besoin, une place d’honneur dans l’histoire.

L’épisode du fort de Vaux se situait en plein cœur de la bataille de Verdun, de février à décembre 1916. D’abord désarmé par les Français avant l’avancée ennemie, ce point stratégique n’eut pas le temps d’être réarmé avant l’assaut, le 1er juin 1916 au soir. Cette attaque cerna le fort qui n’eut plus d’autre moyen pour communiquer avec l’extérieur que les quatre pigeons du colombier de Verdun confiés au commandant Raynal.

Le 2 juin, un premier oiseau fut lâché : « L’ennemi est autour de nous. Je rends hommage au brave capitaine Taboureau, très grièvement blessé. Nous tenons toujours. » Les 3 et 4 juin, deux autres pigeons furent libérés pour décrire la situation dans le fort : l’avancée ennemie, la résistance des soldats français, une demande, à titre posthume, de la Légion d’honneur pour le capitaine Taboureau. Le 4 juin, le commandant lança vers Verdun son dernier pigeon. Des gaz asphyxiants allemands envahissaient l’atmosphère du fort. Le pigeon ne parvenant pas à s’élever au-dessus des fumées, il revint se poser devant le poste de commandement. Le commandant Raynal s’écria alors : « Mais il faut qu’il parte ! ». Il le renvoya et eut la joie de le voir piquer dans la bonne direction : Verdun. Dépourvu de tout moyen de communication, livré à ses seules ressources extrêmement précaires, complètement privé d’eau, le fort succomba le 7 juin à l’offensive allemande. L’héroïsme du commandant Raynal força le respect de ses adversaires dont il obtint l’insigne honneur de conserver son épée, suprême hommage rendu à sa bravoure. Le pigeon voyageur porteur du message était, comme la petite troupe du fort de Vaux, fortement intoxiqué par les gaz. Il revint cependant à son colombier et fut plusieurs jours entre la vie et la mort. Il survécut grâce aux soins attentifs dont il fut l’objet. Cette femelle avait auparavant accompli cinq voyages dans des conditions difficiles. Le colonel Raynal écrivit par la suite : « Seul un approvisionnement suffisant de pigeons aurait pu m’assurer, jusqu’au dernier instant, une communication certaine. » Cinq mois après la chute du fort, une contre-offensive française permit de le reprendre.

Quelques mois plus tard, le pigeon matricule 787-15 obtint la bague d’honneur aux couleurs de la Légion d’honneur. Alors qu’à Verdun, les liaisons par pigeon voyageur étaient assurées par des colombiers fixes de création ancienne ; sur la Somme, au contraire, les combats se déroulant dans une région dépourvue de colombiers en temps de paix, les liaisons l’étaient par deux colombiers fixes, cinq colombiers remorques et six colombiers automobiles.

Entre 1917 et 1918, il fut fait un emploi intensif des pigeons. Les unités commencèrent à chiffrer leurs messages afin d’éviter les indiscrétions dans le cas où les oiseaux tomberaient entre les mains de l’ennemi. La France se maintenait ainsi en permanence informée de la position de ses troupes. Au début de 1918, l’armée disposait de 24 130 pigeons, dont plus de 15 000 parfaitement éduqués à la mobilité et entraînés. Les demandes de pigeons, formulées par les troupes en ligne, les chars d’assaut, l’aviation, devenaient de jour en jour plus pressantes et plus nombreuses. L’emploi des messagers volants était très varié : à titre d’exemple, les aviateurs en détresse pouvaient faire connaître leur position grâce au lâcher de messagers ailés.

Les alliés utilisèrent même le pigeon en tant qu’espion : des agents transportaient les oiseaux en Angleterre, puis en Hollande et les introduisaient enfin en territoire occupé en traversant la Belgique. Les pigeons étaient ensuite remis entre les mains de personnes de confiance qui communiquaient des renseignements précieux à la France. Le 11 novembre 1918, l’armée française disposait, outre les colombiers fixes, de plus de 350 colombiers mobiles pour un total de 30 000 pigeons. Un monument à Lille commémore les 20 000 pigeons tués du côté français.

L’utilisation de la colombophilie par la France lors de la Grande Guerre fut reprise par les Anglais puis par les Américains. Avec des faits d’histoire remarquables comme celui de l’exploit de Cher Ami en 1917. Ce pigeon sauva un bataillon qui s’était égaré chez l’ennemi. En avançant trop avant, ce bataillon de la 77e division s’était retrouvé coupé de ses arrières. Sans munitions et sans soutien, il devait se rendre ou combattre jusqu’au dernier. Aucun des messagers humains lancés à travers les lignes allemandes ne parvint jusqu’à la division. En désespoir de cause, l’ordre fut donné de lâcher les pigeons. Tous, sauf Cher Ami, furent tués par un barrage d’artillerie. Lui seul échappa aux éclats d’obus et, bien que blessé, réussit à rejoindre en 25 minutes son pigeonnier au quartier général, pourtant distant de 40 km. Lorsqu’il se posa, on découvrit qu’il avait perdu une patte et qu’une balle lui avait traversé le poitrail. Son exploit sauva le bataillon. Aujourd’hui, son corps empaillé repose au Smithsonian Institute à Washington. Les Allemands, parallèlement aux Français, comprirent tout l’intérêt du pigeon voyageur. Entre 1914 et 1918, un million d’oiseaux furent confisqués en Belgique. Certains d’entre eux furent équipés d’appareils photo miniaturisés qui après quelques échecs permirent des clichés d’espionnage assez clairs.

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